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La storia di Ali

Par Nourhène Chouchane, Mazara  /   Audio  /   Nourhène Chouchane, Mazara  /   4 mars 2013

Nourhène Chouchane, une Tunisienne qui vit en Sicile nous raconte le parcours d’Ali, un jeune Afghan arrivé comme tant d’autres à Lampedusa. Aux difficultés d’intégration, aux absurdités de l’administration, s’est ajoutée pour lui une injustice accentuée par ses origines.

Audio in Italian, text in French

 

L’histoire d’Ali
Traduit de l’italien par Meridiem

Ali, je l’ai rencontré – il est Afghan –, je l’ai rencontré à Lampedusa… C’est bizarre que des Afghans soient arrivés à ce moment-là à Lampedusa parce que, d’habitude, ils arrivent plutôt de Malte ou de Grèce. Mais Ali – qui est un gamin de quinze ans, quinze, seize ans – est arrivé à Lampedusa. Il s’est enfui d’Iran, où il vivait avec sa famille, pour l’Italie où il est venu chercher du travail pour améliorer sa situation économique. L’histoire d’Ali ne part pas de Lampedusa parce que je l’ai connu très peu de temps là-bas, mais je l’ai revu quatre ans après, à Brindisi. Il se trouvait dans une maison d’accueil pour mineurs. Il allait avoir dix-huit ans et devait donc quitter la maison des mineurs de Brindisi. Il fallait qu’il trouve un logement ou un endroit où aller, parce que généralement quand les mineurs arrivent, on les amène dans ces maisons d’accueil, mais à l’âge de dix-huit ans, on les met à la porte – entre guillemets, mais dans les faits c’est comme ça –, d’où le problème de louer un logement, de trouver un travail…
Ali, quand il a eu dix-huit ans, j’ai demandé à l’organisme pour lequel je travaillais de l’embaucher avec nous à la questure, comme interprète, parce qu’il avait vraiment bien appris l’italien, il s’était inscrit au collège en troisième année. Il a réussi cette troisième année et il a intégré le groupe des interprètes. Il a travaillé là pendant trois ans. Il a fait du bon travail, tout le monde l’appréciait, mais au bout de trois ans donc, Ali a été approché par un de ses compatriotes, quelqu’un pour qui il avait traduit, et ce compatriote a voulu lui offrir dix euros. Ils l’ont vu à la questure – même si lui, il a refusé l’argent –, et ils l’ont mis à la porte. Ali s’est senti mal parce que c’était une injustice envers lui, une injustice faite pour… parce qu’on savait tous très bien qu’Ali n’a pas pris cet argent, qu’Ali n’a pas accepté de pot-de-vin pour le travail qu’il a fait, c’était le geste d’un compatriote pour le remercier, et lui il n’en a pas voulu. Là, Ali s’est vraiment senti immigré, étranger, parce que si c’était arrivé à un Italien, il n’aurait pas perdu son travail.
Après avoir été mis à la porte, Ali a beaucoup voyagé… Il est allé à Rome, il est allé en France, il est allé au Danemark, il est allé… Oui, il a fait pratiquement toute l’Europe, il est allé en Suisse… Mais il ne pouvait rester dans aucun de ces pays européens à cause de problèmes de permis de séjour, parce qu’Ali a le statut de réfugié en Italie et qu’il ne peut donc résider qu’en Italie avec ce document. Alors il est revenu à Brindisi parce que c’est l’endroit où il est arrivé, où il connaît des gens.
J’ai eu Ali au téléphone il y a environ un mois, et il me disait qu’il était en train de tout faire pour partir en Arabie Saoudite, où son père travaille dans un restaurant. Parce que quoi qu’il fasse – c’est une phrase que m’a dite Ali : « Quoi que je fasse, même si je reste ici toute ma vie, je serai toujours un Afghan, où que j’aille, je suis toujours un Afghan, et je ne serai jamais bien » –, c’est pourquoi c’est mieux d’aller vivre dans un pays où un Afghan est considéré comme étant des leurs, par exemple en Arabie Saoudite ou en Iran. L’histoire d’Ali m’a touchée à cause de cette vérité qu’il a dite, qu’on resterait toujours des étrangers, parce que j’ai eu le même sentiment là où je travaillais. En fait, comme dit Ali, nous, on n’a pas le droit à l’erreur comme tout être humain, on ne peut ni se tromper ni donner aux autres une raison pour nous mettre à la porte, autrement dit on ne peut rien faire. On doit être comme des machines : quand elles cassent, on les jette. Voilà… Alors, Ali, j’espère qu’il pourra retourner dans son pays, peut-être qu’il s’y retrouvera mieux…

Nourhène Chouchane

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