Histoires vraies du Dedans

Je ne sais pas mes lettres, par Stancu

6 novembre 2021

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Cette histoire est tirée du volume 1 des Histoires vraies du dedans dans le cadre des ateliers menés en 2015-2016 dans les centres pénitentiaires des Baumettes à Marseille et Toulon-La Farlède, le centre de détention de Tarascon et à la Valentine, dans l’établissement pénitentiaire pour mineurs.


Je m’appelle Stancu, je suis né le 23 mai 1989. Que vous dire ? Je veux vous raconter certaines choses de ma vie, à savoir l’école. J’ai été à l’école pendant deux ans seulement. C’était difficile, il faut beaucoup de choses pour avancer, pour aller à l’école. Mes parents étaient très pauvres. Il n’y avait pas de travail. On était plusieurs à la maison et c’était pas possible, j’ai pas pu continuer. En plus dans ma famille personne ne sait lire, ni mon père ni ma mère, j’ai une sœur qui a deux ans de plus que moi et elle non plus. Il n’y a que deux de mes sœurs, plus jeunes, qui savent lire. Donc à part elles et moi, personne ne sait ses lettres. C’est tout ce que j’ai à dire. Oui, l’enseignement était gratuit, mais pour les livres ? Pour les stylos, pour s’habiller, d’où vous preniez l’argent ? Et les chaussures ? Il en faut des choses, des cahiers, des stylos, des crayons, des vêtements, vu que tu n’y vas pas pieds nus et sans rien sur le dos. C’est interdit. Il faut être dans le rang, je dis pas supérieur aux autres mais au moins dans le rang. C’est la première fois que je suis en prison, ça m’est très difficile, très, la famille est seule, et j’espère que ce sera la première et la dernière fois.

Stancu, Tarascon 2016. Traduit du roumain par Laure Hinckel.