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Lesbian tours

Par Nora, Le Caire  /   Audio  /   Nora, Le Caire  /   28 décembre 2012

Certaines personnes pensent que les corps doivent rester à leur place. On ne badine pas avec l’amour quand on travaille dans la compagnie de bus d’un certain Monsieur Bush…

Audio in English and text in French

Traduction en français de l’audio en anglais

Je travaille avec une compagnie américaine, ici en Égypte. En général les tours organisés comprennent entre 16 et 25 personnes. Je vais les chercher dès leur arrivée à l’aéroport et ensuite je les accompagne sur tout leur voyage en Égypte, pendant 16 ou 17 jours. Une fois, j’ai repéré une femme et j’ai tout de suite su que c’était une lesbienne, au premier coup d’œil. Je me suis dit : «OK, ça arrive souvent, j’ai vu des tas de lesbiennes, des tas d’homos, ce n’est pas grave, je vais rester professionnelle.» Mais le deuxième ou troisième jour, cette femme m’a appelée dans ma chambre d’hôtel, il était trois heures du matin et elle m’a dit : «Nora, je ne me sens pas bien, j’ai besoin de te voir tout de suite.» Je sentais qu’il y avait un truc bizarre alors je suis allée chercher ma collègue – elle faisait le même voyage mais avec un autre groupe – et je lui ai dit :  «Mona, viens avec moi, on va aller voir cette cliente.» Elle a accepté. Alors on y est vite allées, avec nos robes de chambre et tout, trois heures du matin, et voilà ce qu’on comptait faire : Mona frapperait à la porte, je resterais derrière elle et on verrait sa réaction. Donc Mona a frappé, et la femme l’a regardée en disant : «Ce n’est pas toi que je veux, Mona, c’est Nora.»

J’étais au téléphone avec quelqu’un de la compagnie, je suis apparue et je lui ai demandé ce qui n’allait pas. Je ne me souvenais même pas de son nom. Elle était très pâle, enveloppée dans une couverture, alors j’ai pensé que je m’étais monté la tête. Je lui ai redemandé : «Qu’est-ce qui vous arrive ?», elle m’a répondu : «J’ai juste besoin de toi quelques minutes dans ma chambre.» Et elle a renvoyé Mona. Elle était sur le point de fermer la porte mais Mona a glissé un pied pour la garder ouverte et ne pas me laisser toute seule avec elle. Alors je me suis approchée d’elle en continuant à lui poser des questions et là elle a retiré sa couverture d’un coup elle s’est retrouvée complètement nue devant moi ! C’était le pire moment de ma vie ! [elle rit] C’était horrible ! Je ne pouvais pas bouger, je suis restée paralysée sans pouvoir dire un mot, ensuite elle s’est mise à me tripoter partout et moi j’étais clouée sur place, comme une statue. Au bout de dix minutes j’ai fini par dire : «Écoutez, j’ai un petit copain, [elle rit] je ne suis pas du tout intéressée par les lesbiennes, je suis hétéro. Alors oubliez ce que vous avez en tête parce que je ne vais pas le faire.» Elle devait avoir autour de 65/70 ans, quelque chose comme ça. Je lui ai dit : «Vous avez intérêt à vous tenir à dix mètres de moi, n’essayez pas de m’approcher !» Elle a fait «Bon, d’accord… Mais je ne sais pas, Nora, dès le premier jour à l’aéroport tu m’as beaucoup plu.» Alors j’ai répété «Eh bien n’espérez rien de moi, et d’ailleurs je vais envoyer un rapport au siège de la compagnie à Boston et vous n’aurez plus le droit de voyager au Moyen-Orient ni dans aucun autre pays du monde, parce que vous êtes une grosse conne !» [elle rit] Du coup elle a décidé de ne pas continuer le tour avec nous, elle a dit qu’il fallait qu’elle prenne le premier avion pour les États-Unis. J’ai répondu : «OK, ça me va, pas de problème.»

J’ai tout organisé avec un représentant de la compagnie, et le lendemain avec le groupe on devait prendre un vol pour Louxor. À l’aéroport, je la trouve assise là, très élégante, et elle me sort : «Je ne pouvais pas quitter l’Égypte sans te dire au revoir.» Là, je me suis dit : «Oh mon Dieu, je suis dans la merde ! [elle rit] Parce que maintenant on a une croisière de quatre nuits entre Louxor et Assouan et je suis sûre qu’elle va tenter quelque chose.» On est montés sur le bateau à Louxor et j’ai immédiatement demandé au personnel de bord de laisser une lumière allumée en permanence devant ma cabine, en leur disant : «Si vous voyez cette femme approcher de ma chambre, passez-moi un coup de fil tout de suite pour me prévenir du danger !» [elle rit] Une première nuit a passé, une deuxième, et la troisième nuit elle est venue taper à ma porte à trois heures du matin, encore une fois ! Elle m’a dit : «Comment je vais faire ? Je n’y peux rien, tu me plais énormément.» Alors j’ai appelé le siège de la compagnie à Boston, M. Bush, notre directeur, et je lui ai dit : «Écoutez, monsieur Bush, je ne veux plus travailler pour vous, [elle rit] vos clients sont trop horribles !» Ensuite j’ai rédigé un rapport que j’ai envoyé par e-mail, et aussitôt je l’ai faite expulser vers les États-Unis, dès le lendemain. Maintenant elle est sur la liste noire de toutes les compagnies de voyages organisés. Elle peut voyager en individuel, mais pas en groupe. Voilà, ça c’est une des histoires, une des pires qui me soit arrivée.

Nora, Le Caire
Traduit de l’anglais par Julie Sibony

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