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La mort de ma nounou

Par Hinda Oulebsir, Alger  /   Texte  /   Hinda Oulebsir, Alger  /   4 mars 2013

Comme Maximus, le jeune Kurde qui avait dû fuir son village incendié, Hinda a dû faire face à la violence aveugle du terrorisme. C’était en Algérie, à quelques pas de chez elle, lors d’une décennie noire dont les conséquences sont encore à l’œuvre dans toutes les couches de la société.

Text in French

Un matin, quand j’avais cinq ans, je me suis levée comme d’habitude et j’ai attendu l’arrivée de ma nounou avec son sourire éclatant. Peu après, mon père, qui était sorti pour acheter le journal, est rentré, le visage pâle, les mains tremblantes. Il nous a annoncé que ma nounou avait été tuée la veille au soir par un groupe de terroristes et qu’elle avait été jetée en plein milieu de la cité dans un grand sac plastique transparent. Je ne me rendais pas compte de ce qui se passait jusqu’à ce que je me retrouve dans notre voiture. Nous étions en train de fuir, laissant derrière nous notre maison, nos amis, et parmi eux les filles de la défunte. En route nous avons été arrêtés par les tueurs, ils étaient quatre. Ils nous ont interrogés pour savoir pourquoi nous quittions le quartier, et comme on avait peur, mon père avait inventé une histoire de circoncision. Ils ont failli nous égorger aussi.

Après ce drame, ma vie a complètement changé, j’étais bouleversée. Non seulement ces terroristes ont pris un être cher à mes yeux, mais à cause d’eux j’ai perdu tout contact avec les personnes que j’aimais et que j’aime encore.

Un enfant placé dans une telle situation, face à un crime, voit naître en lui un désir de vengeance et souffre de troubles psychologiques qu’il doit s’efforcer de faire disparaître au fil du temps.

Hinda Oulebsir

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