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Il principe de Pandolfina

Par Roberto Alajmo, Palerme  /   Video  /   Roberto Alajmo, Palerme  /   5 mai 2013

Pour terminer, l’écrivain sicilien Roberto Alajmo raconte devant la caméra l’histoire (presque vraie) du prince de Pandolfina. Où l’on a la confirmation qu’il faut aux valets une parfaite maîtrise de l’art du mensonge pour satisfaire leur maître…

Video in Italian, text in French


 

Le prince de Pandolfina
Traduit de l’italien par Gaelle d’Alessio, adapté par Fabienne Pavia

Voici l’histoire du prince de Pandolfina, laquelle circule à Palerme sous plusieurs versions. Celle-ci n’est qu’à moitié sérieuse…
Le prince Monroy de Pandolfina avait accompli un vœu : si sa femme guérissait, il partirait en Terre Sainte libérer le Saint-Sépulcre. Ce voyage serait alors comme une croisade. Malheureusement pour lui, l’histoire se situe au début du XXe siècle et ce n’était pas le temps des croisades…
Sa femme guérit et le prince se trouva devant un cas de conscience qui l’obligea à réaliser son vœu. Il commença par écrire au pape en décrétant : « Je voudrais libérer la Terre Sainte des infidèles ». Mais le pape ne lui répondit pas car ce n’était pas le temps des croisades…
Il réfléchit encore et opta pour un compromis, ce qui a souvent cours chez les catholiques, en particulier chez les catholiques romains. Il décida donc d’aller en Terre Sainte libérer le Saint-Sépulcre sous forme de métaphore, et surtout sans quitter Palerme.
Il fit ainsi. Il calcula la dimension du périmètre de sa villa et commença chaque jour à en faire le tour – jusqu’à 5 fois par jour – en calculant les kilomètres qu’il parcourait et en les reportant sur une carte géographique, de manière à faire quotidiennement un petit bout de route. Il marchait par exemple dix kilomètres autour de chez lui et transposait métaphoriquement ces kilomètres afin de se rapprocher de la Terre Sainte.
Un valet, nommé Felicetto, accompagnait le prince durant son voyage (il était l’équivalent de Leporello ou Sancho Panza pour Don Quichotte), il avait le devoir de lui tenir compagnie et de lui donner à manger. Dans la métaphore du prince, il lui était interdit de revenir à la maison pour se procurer de la nourriture et il devait donc se contenter de ce qu’il trouvait sur son chemin. Sa femme, Rediviva, préparait des pâtes au four et les déposait sur le parcours qu’empruntait le prince. La mise en scène fonctionnait à merveille et le prince s’exclamait : « Regarde Felicetto, notre Seigneur nous a envoyé aujourd’hui un plat de pâtes au four ! ». Ils s’arrêtaient, mangeaient puis reprenaient leur route autour de la villa. Le soir, il y avait une sorte de cérémonie. Le prince inscrivait le parcours effectué sur la carte et expliquait à Felicetto : « Regarde Felicetto ! Nous sommes arrivés au détroit de Messine, voici Charybde, voici Scylla, et voici les dauphins ! »…
Cette histoire dura encore un an jusqu’à ce qu’ils arrivent sur la carte en Terre Sainte où le prince organisa un simulacre de bataille qui symbolisait la reconquête du Saint-Sépulcre.
Le soir-même, il ajouta le dernier bout de route sur la carte et, comme il était un prince démocrate, il demanda à Felicetto : « Comment trouves-tu notre bataille ? Comment trouves-tu notre Jérusalem que nous avons de nouveau libérée ? ». Et Felicetto, qui craignait le voyage de retour, de répondre : « Mon Prince, j’aime beaucoup cette Jérusalem, tant et si bien que je me demande si je ne vais pas rester ici… »
Et c’est ainsi que se termine l’histoire du prince de Pandolfina et de Felicetto.

Roberto Alajmo

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