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How my mother and my father met

Par Etgar Keret, Tel Aviv  /   Video  /   Etgar Keret, Tel Aviv  /   5 février 2013

Le célèbre écrivain israélien Etgar Keret nous raconte comment sa mère a rencontré son père à Tel Aviv. Une belle histoire méditerranéenne pour finir ce parcours sur une note optimiste !

Video in English, text in French

Traduction de l’anglais par François Beaune

Voilà comment mes parents se sont rencontrés.
Mon père était électricien dans le bâtiment, à Tel Aviv. Il était payé à la tâche, il travaillait beaucoup puis quand il recevait sa paie il la dépensait entièrement, jusqu’au dernier sheckel. Ensuite il se remettait à chercher du boulot. Mais avant ça, il se retrouvait avec ses potes au restaurant, ils se saoulaient, faisaient la java jusqu’à ce que tout le monde s’effondre. Mon père était celui qui avait le plus d’endurance : c’était celui qui s’effondrait le dernier.
Donc, ce soir-là, ils vont dans un restaurant arménien, près de la plage, et il y a un orchestre tzigane, mon père est saoul et heureux. Ses amis s’en vont les uns après les autres, mais lui veut poursuivre la fête. Quand à un moment les proprios décident de fermer le restaurant, il propose aux Tziganes de les payer pour qu’ils restent avec lui jouer leur magnifique musique. Il y a aussi un petit singe avec eux, parmi les violons.
Ils dérivent vers la plage. Mon père dit qu’il a envie de pisser et demande aux Tziganes de jouer une belle musique d’accompagnement pour que ça l’inspire. Donc il pisse tranquillement, en musique, sur le mur qui s’offre à lui, quand, soudain, la police débarque et arrête tout le monde.
Car ce n’était pas n’importe quel mur. Apparemment, il pissait sur le mur, je ne sais plus si c’était de l’ambassade française ou ou de l’ambassade américaine, mais les gens à l’intérieur ont cru que c’était un acte politique, surtout avec l’orchestre, et ils ont appelé la police !
Les policiers sont au travail donc, et le seul qui se laisse faire c’est mon père, car il est saoul, il ne résiste pas et les policiers l’embarquent provisoirement dans une de leurs voitures. Les Tziganes, qui eux sont sobres, ne se laissent pas faire. Le petit singe mord un des policiers, c’est la grande bagarre, et mon père est là, dans la voiture de police, il attend.
Petit à petit, des gens se massent autour de la scène pour voir ce qu’il se passe, mon père attend et comme personne ne s’occupe de lui, il sort de la voiture et c’est là qu’il voit cette femme splendide qui regarde la scène avec curiosité. Il s’approche d’elle et comme il est électricien il a toujours un crayon à papier coincé derrière l’oreille.
Il se saisit du crayon et lui dit : « Excusez-moi mademoiselle, je suis le détective Keret, pourriez-vous m’expliquer selon vous ce qu’il se passe ici ? »
Elle répond que non, qu’elle vient juste d’arriver. Alors il dit : « De toute manière, je dois prendre vos coordonnées : nom, prénom, adresse, numéro de téléphone s’il vous plaît… »
Elle répond à tout. Mais juste quand il termine de de noter, deux policiers lui sautent dessus, le frappent, lui mettent les menottes et le ramènent dans la voiture de police.
Ma mère rentre à la maison, affolée, paniquée, et explique à son amie de chambrée qu’elle vient de donner l’intégralité de ses coordonnées à un serial killer.
« Il a mon nom, mon adresse, dit-elle, je sens que je vais avoir de gros ennuis… »
Le jour suivant, mon père a dessaoulé, la police le relâche et il se met à courtiser ma mère, à l’appeler. Ma mère refuse de le voir car elle est certaine que c’est un criminel, mais ils parlent tous les deux polonais et yiddish, il lui fait livrer des fleurs. Finalement elle cède, consent à le rencontrer, découvre qu’il n’est pas si méchant que ça et le mariage est prononcé assez vite.

Etgar Keret

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