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Demonic torture in a Libyan prison

Par Rafram Haddad, Jaffa  /   Audio  /   Rafram Haddad, Jaffa  /   4 mars 2013

Rafram Haddad est un photographe israélien. En reportage en Libye sous le régime de Kadhafi, il raconte comment il a été arrêté par la police secrète, détenu et torturé pendant six mois dans les geôles libyennes. Dans cet enfer, seule la faculté de rêver lui a permis de tenir…

Audio in English, text in French

Couverture du livre de rafram Haddad paru en Israël

Torture démoniaque dans une prison libyenne
Traduit de l’anglais par Julie Sibony
Photo : couverture du livre de Rafram Haddad, publié en Israël

J’ai été kidnappé. Je faisais un projet photographique en Libye et j’ai été kidnappé par la police secrète à Tripoli, dix jours après avoir commencé à travailler dans le pays. J’ai été kidnappé et je suis resté là-bas six mois. D’abord un mois dans un centre de torture à Tajura, et puis cinq mois dans la prison d’Abu Salim. Et ce que je vais vous décrire, c’était le transfert entre Tajura et Abu Salim. C’était après la torture. Voilà ce qui s’est passé. Voilà toute l’histoire. En résumé.

Donc j’étais dans une pièce avec ce type qu’on appelait « le Français ». Il me torturait et il m’a promis que deux jours plus tard il reviendrait pour la « torture démoniaque ». Je ne savais pas quoi faire, je ne savais pas ce que c’était que la torture démoniaque, je pensais que j’avais déjà tout subi. Tout à coup ils m’ont emmené dans une pièce, j’étais là et je ne savais pas pourquoi ils m’avaient emmené dans cette pièce. Ça faisait dix jours que je n’avais pas dormi, il n’y avait rien pour s’asseoir, alors je me suis assis par terre. Je n’avais pas mangé non plus, et ils m’ont apporté de la nourriture que j’ai mangée. C’était des pâtes avec de la sauce tomate, j’en avais plein la figure. Et pendant que j’étais en train de manger, deux hommes sont revenus très vite et m’ont emmené jusqu’à une voiture. C’était une voiture très bizarre. J’étais assis dans cette voiture avec une serviette sur la tête et j’essayais de lécher toute la sauce, je ne voulais pas qu’ils voient que j’en avais partout. J’avais les jambes ensanglantées, du sang sur les pieds. Ensuite la voiture s’est mise à rouler très vite. J’avais peur qu’ils m’exécutent, ou peut-être qu’ils me libéreraient, je n’en savais rien. Mais je me préparais au pire en pensant qu’ils allaient m’exécuter parce que je ne voulais pas être optimiste, pas à ce moment-là. On a roulé, roulé, je ne sais pas combien de temps, peut-être une demi-heure, ou deux heures, rien que roulé. On allait très vite. Ensuite on est arrivés à un camp, il y avait une grande grille qui était ouverte, et des cris entre les gardes et le type à la grille. Et puis on a traversé une autre grille, encore une autre, encore une autre, et toujours des cris, toujours des cris, j’avais la serviette sur la tête. Alors ils m’ont emmené dans une pièce, je ne sais pas, et ils m’ont enlevé la serviette. Et là j’ai vu plusieurs chambres, et un très vieil homme qui m’a montré une petite pièce. Il m’a dit d’y entrer, et à l’intérieur se trouvait un matelas. J’étais tellement content de voir ce matelas. Tout le reste m’était égal, parce que je pouvais enfin dormir, après tant de jours. Une heure plus tard – j’avais commencé à dormir et une heure plus tard ils sont venus me réveiller pour m’apporter de la nourriture. Mais je n’ai pas mangé, je voulais seulement dormir. J’ai continué à dormir, et il y avait beaucoup de lumière dans la pièce mais ça ne me dérangeait pas, je dormais quand même. Ensuite j’ai fait un rêve étrange : j’ai rêvé que j’étais chez mes parents, à Jérusalem. J’étais assis sur le canapé dans le salon et mon père me disait de ne pas rêver parce que si je faisais un rêve je retournerais à la prison. Mais je ne pouvais pas résister alors j’ai fait encore un autre rêve dans la maison de mes parents, et puis je suis revenu à la prison. J’avais une lumière très vive dans les yeux, et le matin j’ai réalisé que je pouvais toujours rêver et retourner chez mes parents. Même si ce type revenait demain me torturer, je pouvais rêver avant, et ainsi lui échapper.
Voilà.

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