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Les oeufs rouges

Par Catherine Marcadier  /   Texte  /   Athènes • Histoire en français  /   16 septembre 2013

  Je suis française, j’habite à Athènes depuis huit mois. Avant j’habitais à Rome en Italie. En bas de chez moi ici à Athènes, sur presque toute la rue, tous les vendredi matin, il y a un marché.

Il y a essentiellement des marchands de fruits et de légumes, il y a aussi un poissonnier et des fleuristes.

Je ne parle pas grec et à mon arrivée, je ne travaillais pas et je ne connaissais personne. Ce marché est devenu, au fil des semaines, mon point de repère et un rituel. Tous les vendredi matin, je savais que j’irai acheter mes fruits, mes fleurs et mes légumes. Alors au début, je regardais tous ces stands  gorgés de tomates, d’aubergines, d’olives, d’oranges et de citrons, pour pouvoir choisir ceux que je trouvais les plus beaux et qui avaient l’air les plus goûteux. Et cela pouvait à première vue ressembler à un marché français ou italien.

Mais à y regarder de plus près, il y avait non seulement des différences sur le type de fruits et de légumes que l’on pouvait trouver et sur le moment de leur présence sur le marché, toujours en avance par rapport à la France et à l’Italie. Mais il y avait aussi des spécificités locales. Le marchand d’oranges, par exemple, ne vendait que des oranges et il fallait distinguer les oranges à presser pour préparer sa « spremuta » du matin et celles à déguster entières. C’est en allant ensuite vers le Péloponnèse, que j’ai pu découvrir ces magnifiques champs d’oranger qui s’étalaient à perte de vue. Ces oranges étaient donc récoltées dans ces champs à moins d’une centaine de kilomètres d’Athènes.

C’est aussi sur ce marché que j’ai découvert les grenades. Je n’en avais jamais mangé de fraîches auparavant, ou seulement sous forme de jus en bouteille, mais là, il y en avait sur de nombreux stands et même parfois en décoration dans certaines boutiques du quartier au moment de Noël.

Alors grâce à ce marché, moi qui ne prenait jamais le temps de faire la cuisine, j’ai commencé à tester des recettes en fonction des fruits et des légumes que j’avais trouvés, en lien avec la saison. Quel plaisir ! J’attendais maintenant chaque vendredi avec impatience. Impatience de voir ce qu’il y avait de nouveau et impatience aussi de saluer les marchands avec lesquels j’avais « sympathisés » au fil du temps. Bien évidemment, la plupart d’entre eux ne parlent que grec, parfois quelques mots d’anglais. En dépit de cette difficulté, on se reconnaît et lorsque je choisis mes fruits et mes légumes, on se « parle ». Ils me parlent en grec et je leur réponds en anglais.

Alors, même s’il n’y a pas de conversation possible, on sourit, on se parle avec les mains. Et notamment un jour, le marchand d’œufs, œufs blancs et œufs « bruns », avait sur son stand des boites pleines d’ œufs cette fois, peints en rouge. Avec beaucoup de gestes et de patience, il a réussi à me faire comprendre qu’il avait peint tous ces œufs lui-même, car c’était une tradition de Pâques. Il s’agissait ce jour-là que deux personnes tiennent chacune un œuf rouge, les frappent l’un contre l’autre. Et la personne qui réussissait à garder son œuf intact après le choc, pouvait le garder comme porte-bonheur.

Ce marché est donc pour moi l’occasion de découverte et de rencontres simples et pleines de vie même si les contacts restent limités en raison de la barrière de la langue. C’est aussi l’occasion d’apprendre et de mieux comprendre la vie quotidienne en Grèce, loin des images d’actualité et de crise qui existent, mais qui ne sont pas la seule réalité ici à Athènes.

 

Atelier d’écriture créative, Institut Français de Grèce,
Enseignante : M. Katsantoni (mai-juin 2013)

 

 

 

 

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