Histoires vraies de Haute-Provence

Rencontre au sommet, par Félix

19 octobre 2020

Je vais vous raconter une petite histoire qui m’a marqué. Même si elle n’est pas importante, pour moi elle a beaucoup compté.

C’était il y a peu près 35-40 ans. Je commençais à skier, en haut, à la station de ski de Lure. Et, j’étais pas un très bon skieur. Bon, j’ai appris tout seul. Un jour, donc, je monte là-haut pour faire un après-midi de ski. J’étais en train de skier, et je vous dis, j’étais loin d’être un champion. Je rentre dans un monsieur qui était en train de skier. C’était de ma faute quoi. J’étais jeune à l’époque.

– Le gars me dit : « Écoutez jeune homme… »
– Je dis : « Écoutez, j’suis désolé, mais vous, vous êtes pas meilleur que moi. Qu’est-ce-que vous foutiez au milieu, là ? » On s’attrape un peu quoi.
– Il me répond : « Bon écoutez, puisque vous êtes là, si vous voulez, je vais un peu vous expliquer comment on fait. »
– Attendez, vous, qui vous êtes vous, pour m’expliquer ?
– Je vous le propose gentiment.
– Bon, si vous voulez…

Jean Vuarnet aux Jeux Olympiques de 1960, en Californie. AFP

Et on y va. On commence et moi je voyais qu’il était bon. Je lui dis : « Je vous remercie, venez, on va boire un chocolat, un chocolat chaud. » On rentre à la station. On s’assoit. Il y avait deux ou trois personnes qui étaient avec lui. Ils arrivent et ils disent : « Ah ! Monsieur Jean Vuarnet ! » C’était Jean Vuarnet qui était champion du monde. Putain, je savais plus où me mettre. Je savais plus où me mettre. J’ai dit : « Écoutez, excusez moi… »

Il était champion du monde de ski alpin. Eh bien, figurez-vous que de ça il en est resté une amitié. On s’est vu quasiment jusqu’à sa mort. On s’est toujours vu.

Il est revenu une fois ici. Je l’avais reçu à la maison. Voyez, comme quoi ! C’est un truc qui m’a marqué. Comme quoi des fois, il faut faire attention à ce qu’on dit. Le gars, il a pas dit qui il était et moi je le regardais. Bon, je vous dis, j’étais pas un spécialiste. C’est lui qui m’avait appris, moi je skiais les jambes écartées. J’ai jamais pu skier autrement. Je me cassais la figure à chaque fois. Et, lui il m’avait appris à skier avec les deux skis touchés, parallèles bien sûr.

Félix, histoire recueillie à Cruis