La route de l’enfer est pavée de bonnes intentions

15 avril 2013

Quand un homme meurt, quand son âme immortelle quitte son enveloppe charnelle, il est dit que quels que soient les événements qui ont influencé sa vie et l’ont conduit là, ils s’éclaircissent aux abords de ses yeux … C’est ce qu’on dit. C’était il y a longtemps, alors que l’incertitude consommait mon esprit comme un feu qui dévorait un tas de bois craquelant, un moment où je laissais les faible versez leur mielleuses paroles dans mes oreilles, un moment où j’ai passé de nombreuses nuits à méditer sur les sermons méticuleux au sujet de l’au-delà, sur la façon dont le p est purifié du péché par des flammes affamées, et les justes trouvent leurs chemin vers le salut éternel.
Pourtant, je suis devenu quelque chose d’autre, quelque chose qui ne croyait en rien, or a un bout d’acier sans âme et froid, une bête tirée par une rage aveugle et un désir brûlant de vengeance. Pourtant, à la fin, je n’étais rien, omis un homme, fragile, éphémère, et maintenant, une chose du passé …
Mes oreilles bourdonnent, je ne sens pas la douleur, en fait, je ne ressens rien et, pour la première fois en quatre ans, je suis calme … serein. Je tente d’ouvrir ma bouche, j’essaie de proférer quelques injures à ces sacs d’entrailles sans valeur se tenant debout autour de moi, mais je ne peux pas. A peine eu-je atteint ma gorge d’une main maladroite qui fût recouverte de sang comme présentement ma cotte de mailles. Et sur le surcot, la croix blanche devint rouge … Puis, d’une main lente et sanglante j’arrachais cette croix d’or suspendue à une chaîne autour de mon cou, un bibelot sans valeur qui n’a pour but que de démontrer la puissance, rien que une puissance et un désir d’en acquérir encore plus … Et avec le peu de force qu’il me restait, j’arrachais la chaine de mon cou recouvert de sang la jeta aussi loin de moi que je le pouvais. Je n’étais pas surpris de voir certains de ces chiens se ruer sur l’os qui vient de tomber de ma table.
Tout à coup, Ma tête se vida de toute conception et je m’égarai hors de la pensé et de l’esprit. Le monde autour de moi s’obscurcit et je perdis l’usage de mes sens. Il n’y avait ni lumière au bout du tunnel, ni anges dont les ailes nous recouvraient d’une chaleur rassurante, ni main divine tendu vers moi, rien … juste l’obscurité.

Luc 14:23. « Et le maître dit au serviteur : Va dans les chemins et le long des haies, et ceux que tu trouveras, contrains-les d’entrer, afin que ma maison soit remplie. » Ainsi parla le Seigneur, cependant l’homme entend, mais n’écoute pas et n’a donc sa sainteté, tel que le fit le pape Lucius le troisième. Son ignorance donna naissance à la plus grande de toutes les abominations. Une abomination qui consomma des milliers d’innocents et détruit d’innombrables vies, y compris la mienne, il donna naissance à la sainte inquisition …
J’ai été élevé dans un orphelinat à l’abbaye du Mont-Saint Michel en Normandie en France, où j’ai reçu une éducation et une formation complète, vigoureuse, et destinée à me transformer en ce que j’allais bientôt apprendre à redouter et haïr. «Tu servira le Seigneur dans toute sa gloire! Car lorsque Dieu te montrera tes ennemis, tu pointera ta lame vengeresse sur eux et exercera une rapide sentence » Pourtant j’ai été témoin d’un dieu qui était absent, toujours silencieux, c’était plutôt à la volonté de mortels que je m’inclinait, leur machinations dévouées guidèrent mon bras jusqu’à ce que je ne devint rien d’autre qu’un outil conçut pour être utilisé et jeté … Et quand les tambours et les trompettes de la guerre résonnèrent à travers les terres chrétiennes, je suis partis sans l’ombre d’un doute, sans regarder en arrière. J’ai rejoignit les chevaliers hospitaliers qui remplissaient les rangs de l’armée Croisées à destination des terres saintes mené par Richard d’Angleterre et Philippe de France. Je n’avais pas encore découvert que le destin ne fut pas sans un sentiment de plaisanterie et que je trouverais la mort aux mains de ceux que j’eu désespérément cherché à fuir…
Jérusalem, un pays qui acquit au fil des siècles de guerre une soif inextinguible pour le sang des pieux … Le royaume de Jérusalem était dirigé par Guy de Lusignan avant qu’il n’eut payé le prix de son ignorance et de ses ambitions trop zélés et se retrouva dans une cellule tenu en otage par Saladin lui même…
Mais Richard ne manquait pas d’ambition et assiégea Acre dès qu’il eut mis pied sur la terre sainte. J’étais parmi les survivants de la conquête d’Acre, mais je n’ai pas vécu pour voir la croix blanche planant au-dessus de ses murs. Son esprit obscurci par ses récentes querelles avec Philippe de France et Léopold d’Allemagne, Richard devint fou furieux lorsque Saladin refusa de payer les termes du traité d’Acre. Furieux, Richard ordonna à ses troupes triomphantes d’emmener à l’abattoir chaque homme, femme et enfant d’entre les murs de cette ville …
Mais lorsque mon regard heurta le corps frêle de l’enfant qui se trouvait devant moi, les yeux remplis d’effroi, les souvenirs anciens ensevelir mon esprit. Les horreurs que j’avais laissées dans mon sillage, tout cela au nom d’un dieu qui ne m’a montré que la douleur et la souffrance, ces mêmes horreurs qui m’ont fait venir à la terre sainte dans l’espoir d’abandonner, et maintenant au lieu de salut, de rédemption, je suis confronté à un dilemme encore plus cruel? Est-ce vraiment la volonté de Dieu? Laisser des innocents de faire massacrer en son nom? Si un tel dieu existe vraiment, je savais que je ne serais pas de ses disciples, que je ne serais pas un outil de mort et de destruction. Je préfèrerai mourir…
Et je jeta l’épée qui m’avait été donné, et cria de toutes mes forces. Je criai à mes frères qu’ils devaient arrêter ce massacre, pour mettre fin à ce cauchemar avant qu’il ne soit trop tard. Mais quel idiot eu-je été d’avoir cru une seconde que je serais entendu, quand je les regardis, je ne vis point des hommes de dieu, je vis des bêtes enragées, savourant l’agonie des autres, satisfaisant leur frénésie du sang des innocents. Et lorsque j’essayai de leur faire entendre raison, je fus accueilli par une flèche dans le cœur suivie d’une autre dans la gorge. Tombé au sol, et les bras de la mort s’étendirent pour me réclamer. Je murmurai « De poussière nous sommes et à la poussière nous retournerons ».
Mon histoire ne fut peut être pas l’épopée du courage que vous attendiez, et ma mort ne fus peut être pas celle d’un héros, mais c’était le destin que moi et moi seul eu choisi et c’est ce qui en fit la plus douce des morts…