Cet Entresort, journal forain

19 décembre 2011

ENTRESORT n. m. – Baraque foraine circulaire où l’on entre par une porte, en payant ses cent sous pour voir sa femme à barbe, son charmeur de serpent, et dont on sort par une autre.

On paye ses cent sous, on entre, on drague une femme sans tête (le pied), on sort de l'autre côté.

J’ai fait le plan de cet Entresort vu du ciel : il ressemble à un œil. La pupille fait piste. Mais il est avant tout une oreille, un canapé à confidences, une coquille d’huître recouverte de velours.
L’Entresort n’est pas immense, juste un peu plus qu’un espace vital, ou plutôt : l’espace vital dans lequel l’autre se sent à l’aise de séjourner, l’individu et deux trois mètres autour. Et la ville en poupées russes sur les bords.
Cet Entresort imaginaire sera l’endroit mobile à travers et dans lequel je compte montrer certaines histoires vraies et fumer des cigares en réfléchissant au voyage. Le centre de la pupille est une alcôve qui fait piste.
Le monde est une bande dessinée. Entre les cases qui racontent l’Histoire, il y a les caniveaux, ces parenthèses temporelles en deçà de l’intrigue, propices aux petites histoires. L’Entresort s’installera dans ces couloirs de neige. Des visages viendront s’y réchauffer, je leur servirai un vieux rhum qui n’a pas vieilli. Ils me raconteront quel entresort les amène, par quels biais ils sont arrivés là.
J’imagine le lieu comme un genre de bar au zinc usé, décoré de spirales d’œufs durs. Et moi en Monsieur Loyal sans chapeau, en jogging. Avec des cahiers pour noter, un micro pour enregistrer les voix et les ambiances, et l’appareil photo autour de la pompe à bière, dont je ne saurai jamais me servir.
L’Entresort est une guinguette ouverte à tous, venez, je vous raconterai tout ce que je n’ai pas vécu.